Le loup

 

 

Identité et description

Le loup, Canis lupus, est un carnivore appartenant à la famille des canidés. Il s’agit d’un animal social, qui vit normalement en cellules familiales, appelées « meutes », comprenant entre deux et une quinzaine d’individus.

Parmi tous les mammifères terrestres, il s’agit de l’espèce ayant l’aire de répartition naturelle la plus étendue au niveau mondial. Cependant, au cours des derniers siècles, il a été exterminé sur de vastes territoires.

 

Selon la sous-espèce, le poids d’un individu va de 20 à 60 kg, et sa longueur de 1 à 1,5 m sans la queue, longue de 30 à 50 cm. La hauteur au garrot est de 60 à 80 cm. La couleur du pelage est également très variable : il existe des loups blancs, noirs, gris, fauves ou polychromes. La sous-espèce italienne (C. lupus italicus), celle qui colonise actuellement la Suisse, pèse de 25 à 35 kg et possède une robe gris-beige avec un masque facial clair.

 

La génétique chronologique semble indiquer que les chiens domestiques (C. lupus familiaris) seraient issus d’une ou deux populations de loups eurasiatiques, éteintes peu avant les dernières grandes glaciations. Malgré le nombre de races, d’aspects et de tailles très variables sélectionnées par l’homme, les chiens demeurent donc génétiquement très proches des loups, et sont interféconds avec ceux-ci.

Cependant, les cas d’hybridation spontanée s’avèrent finalement beaucoup plus rares qu’on ne le suspectait jusqu’à récemment. De plus, les hybrides n’intègrent guère les meutes de loups et ne survivent en général pas longtemps dans la nature.

Mode de vie

Les loups vivent et chassent ordinairement en meutes familiales organisées, menées par un couple dominant, qui assure seul la reproduction. En Europe centrale, le territoire d'une meute occupe en moyenne ~ 200 km². Très mobiles, les membres du groupe peuvent aisément parcourir jusqu'à 45 km en une nuit. A cet égard, précisons que les mœurs nocturnes, que les mythes populaires attribuent immuablement au loup, ne sont pas réellement constitutives de l’espèce ; elles correspondent plutôt à une adaptation comportementale de l’animal face aux persécutions humaines constantes dont il est l’objet depuis des siècles.

 

En fonction des ressources du territoire occupé, et comme de nombreuses autres espèces de canidés sauvages, les loups montrent un grand opportunisme et une remarquable capacité d’adaptation en ce qui concerne le choix de leur nourriture. Actuellement, en Suisse, leur alimentation se compose surtout d’ongulés sauvages, essentiellement cerfs, sangliers et chevreuils. Occasionnellement ils s’attaquent aux renards, micromammifères et, malheureusement, aux animaux de rente.

Les loups peuvent jeûner longtemps, ce qui leur permet d’affronter avec succès les inévitables périodes de disettes qu’ils doivent affronter. Cette capacité a comme corollaire une tendance à ingurgiter le plus possible de nourriture à la fois, lorsqu’elle est disponible.

Contrairement aux lynx, qui chassent à l’affût, les loups pistent et poursuivent leurs proies : parmi celles-ci, les individus de faible condition physique (animaux amaigris, malades, âgés, juvéniles, blessés, parasités) ou à vigilance amoindrie (par ex. mâles en rut), plus aisés à atteindre, sont choisis en priorité.

Signalons que les loups peuvent aussi tirer profit de fruits, voire de détritus, et au besoin se muer en charognards.

 

La période des amours court de décembre à mars. Au terme de la gestation, qui dure 63 jours, la louve du couple dominant met au monde de 3 à 8 petits.

S’il s’agit de la première portée du couple, le mâle assurera seul l’approvisionnement familial durant les premières semaines qui suivent la mise bas, sa compagne demeurant avec les petits (l’observation d’un mâle se déplaçant soudainement seul sur le territoire d’un couple est d’ailleurs un des premiers indices de terrain suggérant l’établissement d’une nouvelle meute). Par contre, dans les meutes établies depuis plus longtemps, les descendants issus de la portée précédente participent souvent aux chasses paternelles.

Les jeunes loups quittent leur meute familiale à l’âge de 10 à 24 mois, à la recherche de nouveaux territoires. Lors de cette prospection, ils peuvent parcourir de très grandes distances, avoisinant les 1’000 km. Cette émancipation socio-territoriale constitue une des périodes les plus critiques dans la vie d’un loup, et s’accompagne d’un taux de mortalité particulièrement élevé.

 

Disparition et retour en Suisse

Originellement, la sous-espèce de loups occupant le territoire suisse était le loup gris (C. lupus lupus), qui possède encore aujourd’hui la répartition géographique la plus vaste en Europe. Physiquement, elle est plus sombre, plus lourde et plus robuste que le loup italien (C. lupus italicus) qui colonise actuellement notre territoire.

 

Suite aux fortes pressions de chasse et à la diminution drastique des surfaces forestières par surexploitation, on assistait à la fin du 19ème siècle à une diminution généralisée du nombre d’ongulés sauvages dans notre pays. En conséquence, les quelques loups encore présents se sont attaqués de plus en plus fréquemment aux animaux de rente, et ont dès lors été l’objet d’une traque impitoyable, d’ailleurs encouragée par l’octroi de primes. En 1871, le tir d’un ultime individu au Tessin signa officiellement l’extinction de l’espèce dans notre pays. Une évolution semblable, quoique plus ou moins décalée dans le temps, s’est produite dans la plupart des contrées avoisinantes.

 

Cependant, en Italie, en Espagne, ainsi qu’en Europe de l'Est et du Nord, de petits effectifs de loups ont réussi à se maintenir dans le courant du 20ème siècle. En parallèle, sous l’impulsion militante de milieux scientifiques et naturalistes, se produisait un lent changement des perceptions de la société, considérant le prédateur de manière plus positive, et aboutissant à la mise en œuvre de mesures de protection. Toutefois, à l’origine, ce changement des mentalités se limitait pratiquement aux contrées d’où l’espèce n’avait pas été totalement éradiquée, et dans lesquelles les craintes à son encontre étaient, en connaissance de cause, moindres.

 

C’est ainsi qu’en Italie, après leur mise sous protection entrée en vigueur en 1976, les populations lupines se sont peu à peu renforcées, jusqu’à permettre à des individus d’atteindre les Alpes occidentales (notamment le massif du Mercantour, en France) et centrales. C’est en 1995 que les premiers loups de cette sous-espèce italienne atteignaient les Alpes suisses. Depuis lors, les migrations spontanées vers notre pays se sont accrues, que ce soit à partir de meutes françaises ou italiennes.

 

A ce sujet, plusieurs milieux hostiles au loup propagent des rumeurs faisant état d’introductions artificielles du prédateur dans notre pays: quoique dénués de tout fondement, ces clabaudages, colportés même par certains politiciens des plus sérieux ont, hélas, la vie dure. Rappelons que c’est dans toute l’Europe que le loup recolonise naturellement de nouvelles régions : il n’y aurait donc aucun sens à procéder à des réintroductions artificielles aussi coûteuses que difficiles à organiser !

 

Evolution actuelle

La recolonisation d’une région par le loup se fait théoriquement en trois phases. La phase I concerne des individus isolés, souvent de jeunes mâles, quittant leur meute familiale à la recherche de nouveaux territoires. La phase II voit l’arrivée de jeunes femelles, permettant la formation de couples, puis de petites meutes, dans des zones calmes et riches en ongulés sauvages. Enfin, la phase III consiste en l’expansion géographique et l’augmentation des populations et du nombre de meutes.

La colonisation de la Suisse se trouve actuellement, selon les régions, en phases I et II. Les récentes formations de meutes dans nos Alpes montrent en tout cas qu’un établissement viable du loup est, au niveau écologique, parfaitement possible dans notre pays, malgré la densité élevée de la population et des infrastructures humaines.

Il n’est d’ailleurs pas exclu qu'au cours des prochaines années, des loups gris (donc de la sous-espèce C. lupus lupus) provenant des Balkans, d’Allemagne ou de Pologne, tentent également de s’établir en Suisse.

 

Actuellement, le nombre de loups helvétiques est estimé à 30-40 individus. Hormis dans le cas des meutes (ou des meutes en formation), une évaluation précise des effectifs du prédateur est difficile à réaliser, malgré les méthodes génétiques actuelles. En effet, la majorité des individus sont de jeunes adultes isolés, en phase de recherche de territoire, et leur trace est généralement perdue dans les quelques mois qui suivent leur détection.

 

Lors de la rédaction de ce texte, à fin 2017, notre pays abritait au moins 3 meutes de loups bien établies. La première occupe depuis 2012 un territoire centré sur le Val Calanda, aux Grisons, et a depuis lors produit des jeunes avec succès, soit à six reprises. 

Une seconde meute s’est établie dans le Val Morobbia, au Tessin en 2015, et a jusqu’ici donné le jour à trois portées.

Dans la région de l’Augstbord, en Valais, un couple fondait en 2016 la troisième meute helvétique, en élevant une portée de louveteaux (pas de naissances constatées en 2017).

En 2017, en Valais également, certains indices de terrain indiquaient la présence probable d’une quatrième meute occupant les Vals d’Anniviers et d’Hérens.

Enfin, au cours des derniers mois, deux loups se sont établis sur un territoire s’étalant de part et d’autre de la frontière valdo-française, aux alentours de la Vallée de Joux.

Constat réjouissant enfin : la dispersion - en Suisse et dans les pays voisins - de jeunes loups émancipés, issus des premières meutes helvétiques, sont désormais suivies et documentées.

Rôle de régulateur

Le régime du loup s’adapte en fonction des proies localement disponibles. Ainsi, la présence dominante d’une espèce d'ongulés induira une intensification de prédation sur cette espèce et une diminution de prédation sur les autres, y compris sur le bétail.

 

Ainsi, on estime que la meute du Calanda, prospectant quelque 200 km2 répartis entre terres grisonnes et saint-galloises, consomme en moyenne 300 ongulés sauvages par an (surtout cerfs, mais aussi chevreuils et chamois), et ceci en dépit du fait que quelque 1’500 moutons estivent dans les pâturages de la même zone ; or, les dommages causés par les prédateurs à ce cheptel domestique -protégé de manière exemplaire il est vrai - sont demeurés très limités jusqu’ici.

 

On comprend donc que l’activité des loups a des effets écologiques directs sur la dynamique de leurs proies et, plus indirectement, sur leur habitat, et singulièrement sur les forêts.

Il est bien connu que la prédation sur les populations d’ongulés sauvages est favorable à la santé de ces dernières, le loup éliminant prioritairement les individus faibles ou malades.

Mais surtout, la présence d’une meute de loups diminue les concentrations locales de ces ongulés, ce qui favorise le rajeunissement forestier en diminuant l’abroutissement des jeunes arbres. Ainsi, depuis la fondation de la meute de Calanda, il a été constaté que l’effectif local des cerfs a diminué d’un tiers, alors qu’il augmentait simultanément de 18 % dans le reste des Grisons. Selon les gardes-forestiers de la région, l’amélioration du recru des jeunes arbres est d’ores et déjà bien visible sur le terrain. La Société forestière suisse (SFS) ne s’y trompe d’ailleurs pas, puisqu’elle souhaite une présence accrue de meutes de loups dans notre pays.

Loups et bétail
Considérations générales

Il est certain que les populations alpines d'ongulés sauvages atteignent actuellement des niveaux beaucoup plus importants qu’il y a un siècle, ce qui devrait théoriquement réduire les risques de conflits entre loups et éleveurs.

Toutefois, même si une population importante de proies sauvages atténue les risques d’attaque sur les troupeaux domestiques, il n’en reste pas moins que les moutons (voire éventuellement les jeunes bovins) non gardés et non protégés demeurent exposés à une prédation par le loup.

 

Plusieurs facteurs écologiques et comportementaux modulent le degré de risques encourus par les troupeaux.

Ainsi, il est clair que la prédation de proies sauvages rapides à la course (cerfs) ou capable de se défendre vigoureusement (sangliers) est grandement facilitée par une chasse menée conjointement et de façon coordonnée par plusieurs loups.

C’est pourquoi des individus isolés ou des meutes de très petite taille montrent une tendance accentuée à s'attaquer aux proies plus faciles, quoiqu’en général moins appréciées, que constituent les ovins. Il en découle que les conflits typiques liés aux attaques sur le petit bétail sont essentiellement observés durant la phase I et en début de phase II de la colonisation d’un territoire par le prédateur.

Ceci explique également pourquoi le tir systématique de loups solitaires s’attaquant au bétail au cours de la première phase de colonisation ne constitue pas une solution : l’individu éliminé est rapidement remplacé par un autre éclaireur, ce qui retarde d’autant la constitution d’une meute capable de retrouver des comportements de chasse normaux.

En outre, à l’époque des naissances de louveteaux, les troupeaux de moutons peuvent constituer une ressource alimentaire de proximité, abondante et facilement disponible. Toutefois, là encore, le risque est plus grand dans le cas d’une meute fraîchement constituée, ne comptant qu’un couple fondateur et des jeunes de l’année, encore incapables de participer aux chasses de leurs parents.

 

Relativisons tout de même l’impact global des grands prédateurs. En Suisse, ils ne sont responsables que d’une proportion infime des pertes de moutons, soit 2 à 6 %, selon les années. Cela signifie donc que 94 à 98% de la mortalité des ovins sont attribuables à d’autres causes, principalement aux accidents et maladies.

 

Cas de prédation effrénée

En situation naturelle, les loups tuent en général la quantité de proies qu’ils pourront consommer en un seul ou en quelques repas. Toutefois, dans l’ardeur d’une attaque, ils ont tendance à se jeter sur toutes les proies en mouvement se situant à leur portée.

 

Ce comportement, encore mal expliqué, n’a que peu d’effet sur les ongulés sauvages, car ceux-ci se dispersent immédiatement. Il n’en va malheureusement pas de même dans le cas des moutons domestiques qui, demeurant groupés malgré leur affolement, incitent le prédateur à en attaquer davantage qu’il n’en pourra consommer. C’est là l’origine de massacres, blessures et mutilations pouvant toucher de nombreux moutons appartenant à un même troupeau, lors d’une seule attaque. Si de tels événements ne sont pas très fréquents, ils ont par contre un impact émotionnel et médiatique très important, nuisant de façon durable à l’image et à l’acceptabilité du loup au niveau régional.

 

Compensation et prévention des dommages au cheptel

En Suisse, les éleveurs de moutons sont soutenus par des contributions publiques, dont le but est, notamment, de freiner la déprise agricole des régions de montagne. Dans ce contexte, les éventuels dommages au cheptel causés par les grands prédateurs sont indemnisés, avec des montants et selon des critères bien précis. Les dommages sont compensés à 100 % si la preuve est faite qu’un grand prédateur en est bien l'unique responsable.

 

A titre indicatif, dans les Alpes suisses, 114’000 CHF ont été versés en 2011 pour 280 animaux de rente tués par les loups. Ce chiffre était de 48'500 CHF pour 135 animaux tués en 2012 (source : KORA 2012). Les fluctuations demeurent plus ou moins marquées d’une année à l’autre, en fonction des conditions d’estivages des troupeaux et des caractéristiques comportementales des prédateurs concernés à l’échelle régionale.

 

La mise en œuvre des diverses mesures recommandées pour prévenir la prédation des animaux de rente par le loup est également soutenue par des subventions. En dehors du confinement nocturne des moutons en bergerie, très peu usité en Suisse, les moyens les plus efficaces sont les chiens de protection, la présence continue d'un berger et l’édification de clôtures électriques. En Valais, la mise en place progressive de telles mesures semble efficace, même en tenant compte des fluctuations annuelles. Ainsi, le nombre de moutons tués par les loups était de 217 en 2016, et de 46 en 2017 (données de janvier à octobre). Le service valaisan de la chasse précise en outre que sur les 46 ovins tués, seuls 10 bénéficiaient d'une protection répondant aux normes cantonales et fédérales, alors que tous les autres se trouvaient sur des alpages sans protection, ou même, pour la majorité, en pâturage permanent en pleine montagne.

 

Les réponses administratives à la présence du loup en Suisse

Au début de 2016, l’Office fédéral de l’environnement validait le document « Plan loup: aide à l’exécution de l’OFEV relative à la gestion du loup en Suisse »

 

Une des nouveautés de ce document est la fixation de critères de dangerosité concernant les contacts entre le loup et l'humain.

Mais, surtout, il prévoit un transfert important de la Confédération aux cantons de l’autonomie décisionnelle en ce qui concerne l’abattage de loups considérés comme problématiques. L’Autorité fédérale postule ainsi que les responsables politiques cantonaux sauront faire preuve de suffisamment d'objectivité et de capacités de jugement pour prendre ce type de décisions avec discernement…ce dont Pro Natura Vaud a évidemment de bonnes raisons de douter !

 

Selon le Plan loup, les tirs de régulation sont notamment possibles dans les cas suivants :

a) contre un loup isolé causant des dégât

b) pour réguler les populations de loups qui :

    - causent d’importants dommages aux animaux de rente

    - occasionnent des pertes sévères dans l’utilisation des régales cantonales

      de la chasse

    - représentent une grave menace pour l’homme.

 

Pro Natura Vaud estime qu’une régulation raisonnable, basée sur des dégâts avérés causés aux animaux de rente est recevable.

Notre association soutient également la réglementation qui, dans le cas de dommages causés par une meute, prévoit la possibilité de tirer de jeunes individus, mais impose de préserver le couple dominant afin de ne pas bouleverser l’organisation sociale du groupe ; on sait en effet que dans ce cas, le risque d’attaque sur le cheptel domestique augmente.

 

Par contre, nous jugeons que l’impact du loup sur la disponibilité du gibier pour l’activité de loisir que constitue la chasse n’est en aucun cas un critère justifiant une quelconque régulation. (NB : nous soutenons évidemment la même position concernant le lynx).

 

Enfin, nous regrettons la mention faisant état d’une menace directe pour l’homme résultant de la présence du loup, qui nuirait également au tourisme. Il s’agit d’un anachronisme malvenu qui ne peut que retarder l’acceptation du prédateur par l’ensemble de la société, en le faisant passer pour dangereux. De plus, l’exemple de pays voisins (Italie, Slovénie, …) montrent assez clairement que, loin d’être un repoussoir, la présence du loup sur leur territoire exerce désormais un attrait touristique incontestable.

Des pressions politiques incessantes

Les conditions écologiques de nos zones montagneuses sont plus favorables que jamais à la présence de grands carnivores. Or, paradoxalement, les contentieux réels ou (le plus souvent) supposés entre les intérêts humains et ces espèces, aussi emblématiques qu’essentielles pour notre biodiversité, demeurent des éléments non résolus politiquement.

 

Il y a donc un hiatus entre des réalités écologiques reconnues et irréfutables, et les multiples décisions défavorables au loup prises par les Chambres fédérales. Sur ce sujet, la majorité de nos élus se montre d’une ignorance crasse, se ralliant à des arguments populistes d’un niveau digne des polémiques d’arrière-salles d’estaminets !

 

Sous cette pression récurrente, le Conseil fédéral s’est senti forcé d’adresser, tout récemment, une demande au Conseil de l’Europe pour amoindrir le statut de protection du loup en Suisse, le faisant passer de la catégorie « espèces de faune strictement protégées » à celles d’« espèces de faunes protégées ». Cette modification semble mineure, mais elle permettrait notamment de planifier à l’avance des campagnes de régulation du prédateur, sans même avoir à apporter la moindre preuve de dégâts avérés.  Dans les faits, cela reviendrait à légitimer officiellement tous les abus qui, pour le moment, font encore partie de pratiques illégales susceptibles d’être dénoncées.

Conclusions

Les analyses scientifiques menées sur des données internationales (Treves et al. 2016) démontrent que le tir des grands prédateurs s’avère moins efficace que les méthodes préventives pour protéger le bétail. La protection des troupeaux est donc nettement plus efficiente, notamment via le regroupement nocturne en structures protégées, l’usage de chiens, la présence de bergers, des barrières électrifiées ou même des lignes de Fladry (corde avec des petits drapeaux d’effarouchement).

 

Il est évident que la recolonisation spontanée de notre pays par le loup va se poursuivre. Un dialogue entre éleveurs et protecteurs de la nature est donc indispensable. Dans cette optique Pro Natura Vaud estime certains préalables nécessaires, notamment :

 

1. Les éleveurs prennent conscience du fait que, à l’exemple du changement climatique, la présence du loup en Suisse est désormais une réalité à laquelle il est nécessaire de s’adapter au plus vite. En conséquence, ils doivent protéger leurs troupeaux (chiens, berger ou autres méthodes), et disposent à cet effet d’aide, de financements et de conseils adéquats et suffisants.

 

2. Les cantons et la Confédération remboursent rapidement et intégralement les pertes dues aux attaques sur le bétail, y compris dans leurs effets indirects (par ex. les avortements spontanés chez les brebis portantes stressées par une attaque).

 

3. Les milieux favorables aux prédateurs comprennent les réalités économiques auxquelles sont soumis les éleveurs, et cas échéant acceptent des interventions ciblées lorsqu’elles sont dûment justifiées, par exemple pour éliminer des individus problématiques qui se sont spécialisés sur des proies domestiques.

 

4. Enfin, les chasseurs admettent que les loups et les autres grands prédateurs sont à considérer comme étant les exploitants naturels, et par conséquent prioritaires, des populations d’ongulés sauvages. En vertu de quoi, les milieux cynégétiques renoncent à prétexter une possible diminution des effectifs de gibier à leur disposition pour revendiquer une régulation de ces prédateurs.